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Comment s'est traduite la campagne présidentielle qui vient de s'écouler en termes d’audience de la télévision ? Une étude conduite par Médiamétrie tord le cou à certaines idées reçues.

Le renfort des réseaux communautaires

Jamais les candidats à l’Elysée ne s’étaient autant appuyés sur des réseaux communautaires pour effectuer leur course à l’Elysée. Chacun s’est exprimé sur Twitter, Facebook et YouTube. Et la majorité d’entre eux disposaient de leur appli pour smartphone. Au 25 avril 2017, Marine Le Pen comptait 1.425.000 abonnés sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon 1.127.000 et Emmanuel Macron 711.000. Même tiercé gagnant pour Facebook : 1.358.000 abonnés pour Marine Le Pen contre 991.000 pour Jean-Luc Mélenchon et 376.000 pour Emmanuel Macron. YouTube s’est révélé un média à part, dominé essentiellement par Jean-Luc Mélenchon (318.000 abonnés).

La campagne présidentielle que nous venons de vivre a rassemblé les téléspectateurs devant les émissions télévisées qui lui ont été consacrées. Les émissions ont fait un tabac entre le mois de septembre 2016 et le second tour de l'élection présidentielle, sans pour autant franchir des records d’audience historiques. Peu d’événements télévisuels suscitent d’ailleurs autant d’intérêt. Bilan général : neuf Français sur dix (89,2% précisément) ont regardé au moins une fois un programme consacré aux candidats à la présidence de la République. En bref, 51,9 millions de personnes de 4 ans et plus. Sans surprise, les programmes ont plus captivé les citoyens en âge de voter que les autres : 93,5% des votants potentiels les ont regardés. Ils ont par ailleurs retenu l’attention des moins de 18 ans de façon importante, 66,8% d’entre eux les ayant regardés.

L’événement s’est échelonné sur de nombreux mois. Il s’est traduit par un cumul d’heures de programmes colossal : 1474 heures en huit mois en dehors des chaînes d’information depuis septembre 2016, et 324 heures rien que pour les programmes non récurrents. Autant de chances, donc, de suivre les enjeux. La campagne a dynamisé la consommation télé dans son ensemble. La durée d’écoute quotidienne par individu s’est ainsi élevée à 3h50 lors de la semaine précédent le 1er tour de l’élection présidentielle et 3h59 lors de la semaine avant le 2nd tour. Neuf minutes supplémentaires par rapport à la même période de 2016. Au final, la campagne s’est révélée aussi fédératrice qu’un grand événement sportif. L’Euro 2016 avait, en effet, été regardé au moins une fois par 82,2% des téléspectateurs soit 47,7 millions de personnes. L’attractivité de la Présidentielle a joué très fortement tant auprès des petits consommateurs télé que des gros consommateurs.


Les électeurs suivent les programmes politiques à la télévision

La large couverture télévisuelle de l’intense feuilleton à rebondissements a-t-elle un lien avec le taux de participation électorale ? Globalement, huit personnes sur dix inscrites sur les listes électorales sont allées voter au 1er tour, le 23 avril. Les personnes en âge de voter qui ont suivi les programmes consacrés à l'élection présidentielle, sont également celles pour lesquelles la participation électorale a été forte. A l’inverse, les catégories les plus touchées par l'abstention ont moins regardé la politique à la télévision (Sources : Médiamat et enquête Ipsos réalisée du 19 au 22 avril sur le taux de participation - échantillon interrogé de 4698 individus inscrits sur les listes électorales).



L’audience des chaînes d’information dopée

L’actualité électorale a particulièrement stimulé la fréquentation des chaînes d’information.


L'impact des révélations sur François Fillon

Les rebondissements de "l’affaire Fillon" qui a éclaté avec les révélations du Canard Enchaîné le 12 janvier, ont attiré le public devant la télévision. Surtout en pleine journée : 5 % de part d’audience sur BFM TV, CNEWS et LCI lors de la première conférence de presse du candidat de la droite et du centre (6 février), 5,5 % de PdA lors de sa deuxième conférence de presse (1er mars), presqu'autant lors de la manifestation de soutien à François Fillon au Trocadéro (5 mars), autant lors de la déclaration d’Alain Juppé (6 mars) et 4,6 % de PdA lorsqu'il est question des costumes de François Fillon (14 mars).


Sur les chaînes nationales historiques

D’autres temps forts de l’actualité ont permis à l’audience des JT de bondir. L’annonce par François Hollande qu’il ne briguerait pas un second mandat l’a poussé à la hausse de 12% par rapport à la moyenne habituelle de la tranche horaire (6,3 millions sur TF1 le 1er décembre 2016). 34% de progression lors de l’interview de François Fillon quelques heures après son discours du Trocadéro (7,2 millions sur France 2 le 5 mars). 10% de mieux lors de l’annonce officielle des 11 candidats (5,7 millions sur TF1 le 18 mars). 16% de progression lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon place de la Bastille (5 millions le 18 mars sur France 2).

Cette campagne électorale restera marquée par la retransmission des primaires en prime time. Lancement des opérations le 13 octobre avec la primaire de la droite et du centre. Le premier débat a mobilisé 5,9 millions de téléspectateurs sur TF1 et LCI. Le troisième débat : 5,2 millions sur France 2. La fréquentation s’est envolée lors du débat du second tour de cette primaire retransmis sur TF1 et France 2 : 8,6 millions de téléspectateurs. Signe de l’évolution politique, sans doute, le premier tour de la primaire de la gauche n’a pas retenu autant l’attention. Le premier débat a rassemblé 4 millions de curieux sur TF1 et LCI, et le dernier 5,6 millions sur France 2. Même score pour le débat du second tour de cette primaire, sur France 2 également, le 25 janvier. Alors s’achève la salve d’émissions sur les diverses primaires.


Le succès des grands débats, surtout avant le second tour

Autres nouveaux rendez-vous incontournables inaugurés cette année : les deux grands débats d’avant le 1er tour. Gros succès d’audience.
10,3 millions de téléspectateurs ont suivi le 20 mars sur TF1 et LCI la confrontation entre François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Beau succès encore avec 6,3 millions d’adeptes pour l'émission réunissant l’ensemble des onze candidats retransmise le 4 avril sur BFMTV et CNews. Le format sans débat choisi par France 2 le 20 avril « 15 minutes pour convaincre » s'est révélé moins fédérateur : 4,7 millions de téléspectateurs. Ce soir-là, 4 téléspectateurs sur 5 présents devant leur télévision ont préféré regarder un autre programme. Toutes les interventions (l’ordre de passage avait été tiré au sort) n’ont pas décroché le même score. Emmanuel Macron, huitième candidat dans l’ordre de passage, a été le plus suivi (5,3 millions). Peut-être a-t-il bénéficié de la curiosité avivée du public après l’attentat commis sur les Champs-Elysées à 22h15. Marine Le Pen, troisième dans l’ordre de passage, a quasiment fait jeu égal avec lui (5,2 millions). Score moyen pour Benoît Hamon et Philippe Poutou (5,1 millions). Dernier à passer, François Fillon a été le moins suivi (4,5 millions). Un score voisin du premier à passer, Jean-Luc Mélenchon (4,6 millions).

Compte tenu du suspense grandissant, le traditionnel débat de l’entre-deux tours a rassemblé un public plus vaste encore : 16,4 millions de téléspectateurs sur cinq chaînes (TF1 et France 2, BFMTV, CNews et LCI) et 253.000 supplémentaires en comptant les 3 écrans complémentaires (tablettes, ordinateurs et smartphones). 16,4 millions, voilà un score équivalent à celui du débat Chirac/Jospin de 1995 (16,8 millions). Il n’empêche que, ces dix dernières années, le public avait eu tendance à se montrer bien plus intéressé par pareil rendez-vous. Souvenons-nous : le face-à-face Hollande/Sarkozy en 2012 avait été suivi par 17,8 millions de téléspectateurs (dont 17,1 millions pour les chaînes historiques). Et le débat Sarkozy/Royal par 20,3 millions en 2007 (dont 20,1 millions pour TF1 et France 2).

Les soirées spéciales du 1er tour et du 2nd tour ont également attiré les téléspectateurs. Les neuf chaînes sur le même créneau ont mobilisé à elles toutes l’attention de plus de trois téléspectateurs sur quatre présents devant leur écran.
Entre 19h30 et 20h30 (bon nombre de programmes ont toutefois duré plus longtemps), le 23 avril, les émissions spéciales ont rassemblé en moyenne près de 20 millions de téléspectateurs, soit 77,3% de part d’audience. Même phénomène d’intérêt pour les émissions spéciales au soir du second tour : plus de 19,5 millions de téléspectateurs en moyenne le 7 mai entre 19h30 et 20h30 sur les huit chaînes (TF1, France 2, France 3, Arte, M6, BFM TV, CNews, LCI) représentant 77,8% de part d’audience.


Un temps d’antenne très important

Le volume horaire des émissions qui ont fait la part belle aux élections présidentielles est très élevé. De la fin des primaires jusqu’au 1er tour (soit entre le 1er février et le 21 avril), les chaînes ont consacré quelque 1733 heures d’antenne à la campagne présidentielle, soit l'équivalent de 72 jours. Un volume dû pour une large part au poids des chaînes d’information. Les chaînes généralistes (TF1, France 2, France 3, France 5 et M6) ont programmé 164 heures, contre 1569 heures pour les chaînes d’info (BFMTV, CNews, LCI et franceinfo:).


Marc PELLERIN


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Laure OSMANIAN MOLINERO
Tél : 01 47 58 97 55
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